Garder la tête hors de l’eau : marteau, boîte à outils ou assistant?

Dans La marée montante de l’IA, j’écrivais que l’IA monte comme la marée. Elle n’a pas ralenti. Elle change de jour en jour. Après mon dernier billet, un lecteur m’a confié qu’il aurait beaucoup à apprendre avant même de pouvoir commencer à utiliser un tel outil. J’entends ça souvent. Bien des gens ont l’impression de déjà se noyer. Vous n’avez pas besoin de tout apprendre. Vous avez besoin de savoir où vous en êtes. Savoir dans lequel des trois paniers vous vous trouvez, c’est ce qui vous garde la tête hors de l’eau.
Récemment, j’ai passé vingt minutes face à face avec un ami qui a un très beau rêve : il veut lancer une entreprise de voyages d’aventure. Surtout, je l’ai écouté. Il m’a dit qu’il avait déjà « utilisé l’IA » pour son projet. Quand je lui ai demandé comment, il m’a répondu qu’il avait demandé quelques suggestions à ChatGPT, ici et là. Utile, disait-il, sans plus. Il n’avait aucune idée à quel point l’IA a changé depuis un an.
J’entends une version de cette histoire presque chaque semaine. Elle me ramène à une question toute simple :
Comment utilisez-vous l’IA, pour vous ou pour votre entreprise?
D’après mon expérience, la plupart des gens voient l’IA de l’une de trois façons. Aucune n’est mauvaise. Mais chacune mène à des résultats très différents.
Panier 1 : l’IA est un marteau

Vous connaissez le dicton : quand on n’a qu’un marteau, tout ressemble à un clou. Bien des gens utilisent l’IA exactement comme ça. Ils ouvrent ChatGPT, posent une question, obtiennent une réponse et ferment la fenêtre.
Ça fonctionne. Ça peut vous faire gagner quelques minutes. Mais c’est un peu comme avoir une auto et ne s’en servir que pour écouter la radio.
Vous êtes ici si... vous utilisez l’IA de temps en temps pour des questions rapides, vous copiez la réponse ailleurs, et l’IA ressemble plus à un gadget astucieux qu’à une aide.
Une bonne prochaine étape : choisissez une tâche que vous répétez chaque semaine, comme rédiger une mise à jour pour un client ou préparer une soumission, et demandez à l’IA de vous aider avec l’ensemble de la tâche, pas seulement un morceau.
Panier 2 : l’IA est une boîte à outils

D’autres sont allés plus loin. Ils savent qu’il existe des centaines d’outils d’IA, avec des nouveaux chaque semaine. Ils en ont essayé quelques-uns. Mais voilà le piège : dans une boîte à outils aussi grande, on ne voit vraiment que les quelques outils qu’on sait déjà utiliser. Tout le reste devient du bruit.
C’est là que bien des entrepreneurs restent coincés. Ils passent plus de temps à lire sur les outils qu’à s’en servir. C’est là que la marée semble la plus haute.
Vous êtes ici si... vous vous êtes inscrit à plusieurs applications sans qu’aucune ne s’installe vraiment, vous avez l’impression qu’il existe un « bon » outil qui vous échappe, et vous ne savez pas trop par où commencer.
Une bonne prochaine étape : arrêtez de commencer par les outils. Commencez par un problème dans votre entreprise, ce qui vous gruge du temps ou vous empêche de dormir, et ne choisissez que ce qui aide à le régler.
Panier 3 : l’IA est un assistant

C’est le virage que mon ami n’avait pas encore vu. Un assistant IA ne se contente pas de répondre à une question. Il comprend ce que vous voulez faire et passe à l’action, dans les limites que vous fixez.
Ensemble, nous avons esquissé une petite équipe d’assistants pour son entreprise de voyages :
- un pour planifier et démarrer l’entreprise : le plan d’affaires, les permis, les fournisseurs;
- un pour les itinéraires et la logistique : les trajets, l’hébergement, l’équipement, le calendrier;
- un pour le marketing et le site Web;
- un pour les réservations et les clients;
- un pour les finances : les prix, le budget, les liquidités.
Prenons l’assistant aux réservations. Quand un client écrit à l’entreprise au sujet d’un voyage, l’assistant répond à ses questions, avec le ton de mon ami. Dès que le client est inscrit, l’assistant lui envoie la liste de vérification avant le départ. Après le voyage, l’assistant écrit au client pour le remercier, lui demander comment ça s’est passé et l’inviter à laisser un avis. Mon ami relit et approuve chaque message : c’est lui qui garde le contrôle. L’assistant s’occupe de la routine, et mon ami consacre son temps à ce que lui seul peut faire.
Vous êtes ici si... vous voulez que l’IA prenne en charge la routine plutôt que de simplement répondre à des questions, vous pensez en termes de tâches à accomplir plutôt qu’en applications, et vous voulez plus de temps pour le travail qui compte le plus.
Une bonne prochaine étape : commencez avec deux assistants, pas cinq. Voyez ce qui fonctionne, ajustez, puis ajoutez-en d’autres.
En toute honnêteté
Je ne veux rien exagérer. L’IA fait des erreurs. Un assistant n’est bon qu’à la mesure des consignes et de l’information qu’on lui donne, et il a besoin qu’un humain vérifie son travail, surtout au début. C’est justement pour ça que je conseille de commencer petit. Les deux premiers assistants de mon ami ne seront pas parfaits dès le premier jour. Mais ils s’amélioreront de semaine en semaine, et lui aussi.
Je travaille moi-même de cette façon. Aujourd’hui, c’est vraiment « mes assistants IA et moi » : ils m’aident pour la recherche, la rédaction et les suivis, et c’est moi qui prends les décisions.
Alors, où en êtes-vous?
Prenez un moment et soyez honnête avec vous-même. Utilisez-vous l’IA comme un marteau? Êtes-vous planté devant une boîte à outils trop grande? Ou êtes-vous prêt à confier du vrai travail à quelques assistants?
Peu importe où vous en êtes, c’est un bon point de départ. La marée va continuer de monter. L’important, c’est de faire le prochain pas et de garder la tête hors de l’eau.
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